« Le progrès, par définition, est une marche en avant, c'est-à-dire quelque chose de tout à fait quantitatif et si ce progrès n’est pas qualifié, il est inexistant. Il est donc indispensable de préciser où ce progrès nous conduit, quelle est donc sa direction, son but, de quelle nature est-il, quelle est sa qualité ? » Marcel François.
Infinité ou indéfinité du progrès moderne ?
Le progrès des temps moderne est un développement effréné des possibilités que peut nous offrir la matière
en se basant uniquement sur la science profane1. Il s’agit là d’étudier les éléments les plus quantitatifs, les plus inférieurs de la manifestation en les détachant complètement du
principe suprême purement invisible et intellectuel censé les déterminer et les gouverner.
Ainsi le développement de ces éléments sans la prise en compte de leur Prédominance par leurs principes spécifiques reste incomplet voir déficient dans la mesure où il ne traite que le côté le plus inférieur de l’homme qui est celui matériel, donnant lieu par la suite à une illusion dangereuse d’un progrès continu et infini dans le temps. En effet cette illusion n’est que la résultante d’un bon nombre de déviations dans lesquelles nous entraînent les scientismes de notre époque qui consistent à confondre l’évolution de la science avec le progrès même de l’homme et à réduire de ce fait la fin de son existence au moyen dont il dispose.
Pour remédier à ces visions régressives, il nous faut tout d’abord rappelé que les éléments de la manifestation sensible ne peuvent apporté plus que leurs principes spécifiques détiennent comme qualités qui représentent, dans leurs complémentarités, la somme des différentes formes de manifestation possible. Chaque élément de la manifestation quelque soit sa position hiérarchique dans notre état d’existence ne peut se développer au-delà de ses qualités prédéfinies par son propre principe à cause des délimitations que subit sa composition psychocorporelle par le temps et l’espace, la quantité et la qualité.
De ce fait, on ne peut parler d’évolution incessante ou infini d’un élément dont les attributs sont limités par les conditions de sa manifestation sensible et qui ne peut aller au-delà de ce qu’il possède comme qualités. Toutefois, il est vrai que l’homme est en découverte constante de variations de ces éléments constituant son environnement sensibles comme il en constate en lui-même, mais ces variations qui ne concernent que les caractères secondaires sont plutôt en nombre indéfini de par les délimitations dont ils font objet.
Cependant, le progrès de la science moderne, se déployant en dehors du principe suprême transcendant et
universel, ne peut être qualifié d’infini comme on peut le prétendre, mais plutôt d’indéfini à cause des délimitations que subit la pensée humaine dont il procède.
Indéfinité et plus encore …
Cette qualification du progrès moderne reste incomplète, puisqu’il ne s’agit pas là de simple indéfinité lié aux délimitations de la manifestation mais
plutôt d’une dispersion dans la multiplicité résultat de l’éloignement du domaine des Principes.
En effet, les scientismes, en s’attachant exclusivement à l’action tout en écartant son complément la contemplation, n’inspirent plus qu’à une rentabilité matérielle sans cesse croissante se basant uniquement sur l’étude des éléments les plus inférieures et les plus quantitatives de la manifestation sensible.
A force de multiplier les détails et de défragmenter la science en divers spécialités, le scientisme fini par perdre l’important de sa quête : « le pourquoi », qui est la fin même du progrès, en le remplaçant par le moyen permettant de l’atteindre « le comment ».
Le progrès scientifique, ne reposant sur aucun fondement supra-rationnel, n’est plus qu’un reflet de tendances en changement continus, donnant lieu un éparpillement de la pensée. Cet éparpillement est en fait à l’image de l’état d’individualisme dans laquelle vit le monde moderne qui ne peut engendrer que la divergence, l’incompatibilité voir la confrontation des pensées.
Ainsi, le scientisme croit que les étendus de ses expérimentations scientifiques sont infinis et incessantes, alors qu’ils sont plutôt dans un état de total désordre et de discontinuité.
L’indéfini est un développement à partir du fini
Le progrès moderne, étant déterminé et limité par les éléments de la manifestation sensibles dont il procède, est forcément ramené, tôt ou tard, à s’épuiser et à atteindre ses limites.
Cependant, l’indéfinité dont il fait objet n’est qu’une extension du fini et un développement à l’horizontal de ses possibilités déterminées; il ne doit être, en aucun cas, confondu avec le Vrai Infini qui, provenant du domaine des principes, permet un développement à la vertical, transcendant et illimité de l’homme et de sa pensée.
En s‘éloignant du domaine des principes, le progrès moderne sacrifie la qualité individuelle convergente au profit d’un développement purement quantitative et divergent. Et plus cet éloignement est grand, plus cette divergence prend ampleur, nous entraînant inévitablement au tâtonnement et au désordre aussi bien théorique que pratique.
Dans cet état de désordre actuel, toute aboutissement à une vérité commune et transcendante, donnant sens à la vie, reste impossible, puisque jamais l’inférieur ne détermine le supérieur qualitatif ou autrement dit jamais le supérieur procède de l’inférieur, uniquement l’inverse est possible.
En définitive, le progrès scientifique "moderne" est un progrès à
l’indéfini et non pas à l’infini puisqu’en réduisant la matière à elle-même et en la détachant de la pensée principielle qui la gouverne, il sera ramené à plus ou mois longue échéance à ses limites, au même titre que les éléments qu’il développe.
Notes:
1. Profane dans la mesure où elle ne s’intéresse qu’à la connaissance purement discursive et rationnelle reposant uniquement sur des facultés spécifiquement humaine.
En niant la connaissance supra-rationnelle, immédiate et intuitive, la science moderne nous fait basculer du domaine des principes éternels et immuables à celui des changements formels et du
devenir, autrement dit de l’intellect métaphysique transcendant et universel au raisonnement physique limité et individuel.
Références:
- Marcel
FRANCOIS, La société moderne industrialisée ou le monde à l'envers et son insidieuse auto-destruction,Ed. Moncho, Rabat 1981
- René
GUENON, La crise du monde moderne,Ed. Gallimard, Paris 1946/ Les états multiples de l'être, Ed. VEGA, Paris